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 Emile Zola

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jenninou
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MessageSujet: Emile Zola   Lun 23 Juin - 12:43

Émile Zola, né à Paris le 2 avril 1840, mort à Paris le 29 septembre 1902, est un écrivain, journaliste et homme public français, considéré comme le chef de file du naturalisme.
C’est l'un des romanciers français les plus universellement populaires, l'un des plus publiés et traduits au monde, le plus adapté au cinéma et à la télévision. Sa vie et son œuvre ont été étudiés dans le détail par la science historique. Sur le plan littéraire, il est principalement connu pour les Rougon-Macquart, monumentale fresque romanesque en vingt volumes dépeignant la société française du second empire.
Les dernières années de sa vie sont marquées par son engagement dans son époque, lors de l'affaire Dreyfus, dans laquelle il joue un rôle décisif par la publication du plus célèbre article de la presse française : « J’accuse… !


Biographie
Jeunesse et débuts dans la vie


Émile Zola naît Italien à Paris le 2 avril 1840. Il est le fils unique de Francesco Zolla et d’Émilie Aubert. Son père, ingénieur de travaux publics, ancien officier subalterne italien, meurt en 1847 après avoir été responsable de la construction du canal Zola à Aix-en-Provence. Émilie Aubert, sa mère, totalement démunie, s'occupe de l’orphelin avec la grand-mère de l’enfant, Henriette Aubert. Restée proche de son fils jusqu’à sa mort en 1880, elle a fortement influencé son œuvre et sa vie quotidienne.
Émile Zola est recalé par deux fois au baccalauréat ès sciences en 1859. Ces échecs marquent profondément le jeune homme qui désespère d'avoir déçu sa mère. Il est aussi conscient d'aller au devant de graves difficultés matérielles, sans diplôme et sans formation. Au collège à Aix-en-Provence, il se lie d'amitié avec Jean-Baptistin Bailleet surtout Paul Cézanne qui reste son ami proche jusqu'en 1886. Ce dernier l'initie aux arts graphiques, et particulièrement à la peinture.
Émile Zola quitte Aix, et déménage à Paris en 1858 pour rejoindre sa mère dans des conditions matérielles et psychologiques misérables. Mais petit à petit, Zola se constitue un petit cercle d'amis, majoritairement aixois d'origine. Dans la capitale, il complète sa culture humaniste en lisant Molière, Montaigne et Shakespeare, mais pas encore Balzac qui ne l'inspirera que plus tardivement. Il est aussi influencé par des auteurs contemporains, comme Jules Michelet, source de ses inspirations scientifiques et médicales.
C'est après des débuts sommaires comme employé aux écritures aux Docks de la douane, en 1860, et sa naturalisation française un an plus tard, que Zola parvient à entrer en contact avec Louis Hachette, qui l'embauche dans sa librairie le 1er mars 1862. Il reste quatre ans au service de publicité où il occupe un emploi équivalent à nos attachés de presse modernes. À la librairie Hachette l'idéologie positiviste et anticléricale le marque profondément et il y apprend toute les techniques du livre et de sa commercialisation. Travaillant avec acharnement pendant ses loisirs, il parvient à faire publier ses premiers articles et son premier livre, édité par Hetzel : Les contes à Ninon.

Le journaliste


Dès 1863, Zola collabore aux rubriques de critique littéraire et artistiques de différents journaux. Les quotidiens permettent au jeune homme de publier rapidement ses textes et ainsi, de démontrer ses qualités d'écrivain à un large public. C'est pour lui « un levier puissant qui [me] permet de me faire connaître et d'augmenter mes rentes».
Il bénéficie de l'essor formidable de la presse de la seconde moitié du XIXe siècle, qui assure l'émergence immédiate de nouvelles plumes. À tous les apprentis romancier lui demandant conseil, et jusqu'aux derniers jours de sa vie, l'écrivain propose de marcher sur ses pas, en écrivant d'abord dans les journaux.
Il fait ses débuts véritables dans des journaux du nord de la France, opposants du second Empire. Zola met à profit sa connaissance des mondes littéraire et artistique pour rédiger des articles de critique, ce qui lui réussit. Dès 1866, à 26 ans, il tient les deux chroniques dans le journal l’Événement. À l' Illustration, il donne deux contes qui rencontrent un certain succès. Dès lors, ses contributions sont de plus en plus nombreuses : plusieurs centaines d'articles dans des revues et journaux très variés. On peut citer les principaux : L'Événement et L'Événement Illustré, La Cloche, Le Figaro, Le Voltaire, Le Sémaphore de Marseille et Le Bien Public à Dijon.
Outre la critique (littéraire, artistique ou dramatique), Zola a publié dans la presse une centaine de contes, et tous ses romans en feuilletons. Il pratique un journalisme polémique, dans lequel il affiche ses haines, mais aussi ses goûts, mettant en avant ses positions esthétiques, mais aussi politiques. Il maîtrise parfaitement ses interventions journalistiques, utilisant la presse comme un outil de promotion de son œuvre littéraire. Pour ses premiers ouvrages, il a en effet rédigé des compte-rendus prêts à l'emploi qu'il a adressés personnellement à toute la critique littéraire parisienne, obtenant en retour de nombreux articles. 1880 marque une année difficile pour Zola. Les décès d'Edmond Duranty, mais surtout de Gustave Flaubert, terrassé par une attaque, atteignent profondément le romancier. Ces disparitions qui se conjuguent avec la perte de sa mère à la fin de la même année, plongent durablement Zola dans la dépression. En 1881, parvenu à l'autonomie financière grâce à la publication régulière des Rougon-Macquart, il cesse son travail de journaliste. A cette occasion il publie des « adieux » dans lesquels il dresse un bilan de quinze années de combat dans la presse. Il ne reprend la plume du journaliste, hormis quelques interventions çà et là, qu'à l'occasion de l'affaire Dreyfus en 1897, principalement au Figaro et à L'Aurore.

L’écrivain


Dès sa prime jeunesse, Émile Zola est passionné par les Lettres. Il accumule des lectures variées, et conçoit très tôt le projet d'écrire à titre professionnel, comme une véritable vocation. En sixième, il rédige déjà un roman sur les croisades. Ses amis d'enfance, Paul Cézanne et Jean-Baptistin Baille sont ses premiers lecteurs. Il leur affirme plusieurs fois, dans ses échanges épistolaires, qu'il sera un jour un écrivain reconnu.
Un des atouts de Zola consiste en sa force de travail et sa régularité, résumées par sa devise qu'il a fait peindre sur la cheminée de son cabinet de travail à Médan : Nulla dies sine linea. Sa vie obéit pendant plus de trente ans à un emploi du temps très strict, bien que sa forme ait varié dans le temps, notamment à l'époque où il conjuguait le journalisme avec l'écriture de romans. En général, à Médan, après un lever à sept heures, une rapide collation et une promenade d'une demi-heure en bord de Seine avec son chien Pinpin, il enchaîne sa première séance de travail, qui s'étend sur environ quatre heures, et produit cinq pages. L'après-midi est consacré à la lecture et à la correspondance, laquelle tient une large place chez Zola. À la fin de sa vie, il modifie cet ordre immuable pour consacrer plus de temps à ses enfants, les après-midis, reportant une partie de ses activités en soirée et dans la nuit.
Cette puissance de travail a fini par porter ses fruits. Alors que l'année 1867 a été la pire de toutes sur le plan financier, sa situation a commencé à se stabiliser à partir de la publication de L'Assommoir en 1877. Dès ce moment, ses revenus annuels oscillent entre quatre-vingt et cent-mille francs. Zola n'est pas fortuné à proprement parler, puisqu'après avoir eu sa mère à charge et ses deux foyers, les baisses de ventes de ses romans consécutives à l'affaire Dreyfus l'amènent une fois de plus à la gêne financière. Mais celle-ci n'est que momentanée. Journaliste, ses piges sont payées vingt-cinq centimes la ligne, ses romans publiés en feuilletons lui amènent mille cinq-cents francs en moyenne et ses droits d'auteurs cinquante centimes par volume vendu. Il tire aussi des revenus conséquents de l'adaptation de ses romans au théâtre ainsi que de leurs nombreuses traductions. En quelques années, les revenus de Zola augmentent rapidement au point d'atteindre des montants considérables, jusqu'à cent cinquante mille francs autour de 1895
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jenninou
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MessageSujet: Re: Emile Zola   Lun 23 Juin - 12:43

L’homme public


Portrait d'Émile Zola à trente ans en 1870.



L'écrivain n'a pas été mobilisé en 1870. Il aurait pu être intégré à la Garde nationale, mais sa myopie et son statut de soutien de famille (pour sa mère) l'en ont écarté. Il suit la chute du Second empire avec ironie, mais ne se trouve pas à Paris pendant la Semaine sanglante. On sait toutefois que sans soutenir l'esprit de la Commune, dont il relate modérément les évènements dans la presse, il ne s'est pas associé à Flaubert, Goncourt ou Daudet dans leur joie d'une violente répression. Au moment de l'avènement de la République, Zola a cherché à se faire nommer sous-préfet à Aix-en-Provence. Malgré un voyage à Bordeaux, lieu de refuge du gouvernement, c'est un échec. Zola n'est ni un homme d'intrigues, ni de réseaux.
Avant tout observateur des hommes et des faits de son temps dans ses romans, Zola n'a cessé de s'engager dans des causes sociales, artistiques ou littéraires qui lui semblent justes, sans jamais faire de politique. Le personnel politique lui semble suspect et avant l'affaire Dreyfus, il n'aura pas d'amis dans le monde politique. Républicain convaincu, il s'engage tôt dans un combat contre l'Empire. Les premiers romans du cycle des Rougon-Macquart ont ainsi une visée à la fois satirique et politique. Aussi la censure dont il est l'objet dès 1871 avec La Curée, au retour de la République, le déçoit profondément. Mais il reste fervent républicain, « le seul gouvernement juste et possible».
C'est au travers de ses interventions dans la presse, que l'engagement de Zola est le plus marquant. Au pire moment de sa vie, alors qu'il mène une existence sans le sou, la libéralisation de la presse en 1868 lui permet de participer activement à son expansion. Par des amis de Manet, Zola entre au nouvel hebdomadaire républicain La Tribune, dans lequel il pratique ses talents de polémiste dans l'écriture de fines satires anti-impériales. Mais c'est à La Cloche que ses attaques les plus acides contre le Second empire sont publiées. Thérèse Raquin n'a pas enthousiasmé Louis Ulbach, son directeur, mais il admire l'insolence du chroniqueur. Courageux, voire téméraire, il s'attaque avec dureté aux ténors de l'Assemblée comme de Broglie ou de Belcastel. Il vilipende une Chambre peureuse, réactionnaire, « admirablement manipulée par Thiers». Pendant un an, il produit plus de deux cent cinquante chroniques parlementaires. Elles lui permettent à la fois de se faire connaître du monde politique et d'y fonder de solides amitiés (et inimitiés). Il collectionne aussi une foule de détails pour ses romans à venir. Ces engagements sont quelque peu risqués pour l'écrivain. Il est tombé deux fois sous le coup de la loi, et fut mis en état d'arrestation en mars 1871. Mais ces arrêts n'ont pas de conséquences et il est chaque fois libéré le jour même.
Zola reste soigneusement à l'écart du monde politique, auprès duquel il sait s'engager, mais avec retenue, recul et froideur. L'action politique ne l'intéresse pas et il n'a jamais été candidat à aucune élection. Il se sait avant tout écrivain, tout en exprimant une attitude de réfractaire. Il agit donc en libre penseur et en moraliste indépendant, ce qui lui apporte une stature de libéral modéré. Il s'oppose radicalement à l'Ordre moral, notamment dans La Conquête de Plassans, interdit de vente dans les gares par la commission de colportage, et par la publication de La Faute de l'abbé Mouret, une attaque en règle contre le dogme de la chasteté, renforcé alors par la mise en œuvre du culte du mariage par l'Église. Il défend aussi activement les communards graciés par la loi d'amnistie, en évoquant les parias de la Révolution de 1848 dans Le Ventre de Paris et en soutenant notamment Jules Vallès afin qu'il puisse publier ses propres textes. Ce seront les derniers articles politiques de Zola, puisqu'il a entrepris le cycle des Rougon-Macquart, qui va l'occuper pendant vingt-deux années.
L'engagement de sa vie reste évidemment l'Affaire Dreyfus à partir de 1897, au travers du célèbre article J'Accuse...! de janvier 1898, et sa conséquence directe, l'exil de l'écrivain à Londres pendant près d'une année. Mais pourquoi Zola entre-t-il dans ce combat ? C'est qu'à la fin du siècle, en 1897-1898, son image publique s'est encore renforcée. Romancier au sommet de son art, traduit dans plusieurs dizaines de langues, reconnu par le monde des lettres et le monde politique républicain, il est même parfois craint. Si Zola est devenu l'écrivain emblématique du régime républicain, ses succès littéraires populaires en ont fait un homme des masses, doté d'une éloquence écrite proverbiale, un homme de combats victorieux. Il frappe aussi par sa conscience déterminée et constante sur les plans sociaux et moraux. Enfin, par son indépendance, son désintéressement, son détachement de tous les partis, il est libre de se lancer dans tous les combats. C'est ce qu'il décide de faire à la fin de 1897.

Les amours


Zola croit en l'amour, romantique dans l'âme, grand lecteur de George Sand dans sa jeunesse. Du reste, le mariage est un grand thème de son œuvre, qu'il décline en fonction des conditions et des classes sociales. Des thèmes résurgents s'expriment dans ses romans de par cette classification, par exemple dans les classes hautes de la société, où la propension de l'homme à prendre maîtresse est constante ou à l'existence de ce « fossé entre l'homme qui sait tout et la femme qui ne sait rien ».
Le premier amour de Zola s'appelait Berthe. Le jeune homme la surnommait lui même « une fille à parties », une prostituée dont il s'était entiché pendant l'hiver 1860-1861. Il avait conçu le projet de « la sortir du ruisseau », en essayant de lui redonner goût au travail, mais cet idéalisme s'est heurté aux dures réalités des bas quartiers parisiens. Il tire toutefois de cet échec la substance de son premier roman, Les confessions de Claude.
À la fin de 1864, Zola fait la connaissance d'Éléonore-Alexandrine Meley, qui se fait appeler Gabrielle. Ce prénom aurait été celui de sa fille naturelle, qu'à dix-sept ans, elle a été forcée d'abandonner à l'Assistance Publique. Lourd secret qu'elle révéla certainement à Zola après leur mariage. Née le 23 mars 1839 à Paris, elle est la fille d'une petite marchande de dix-sept ans et d'un ouvrier typographe, né à Rouen. L'écrivain consacre un portrait à sa nouvelle conquête, « L'amour sous les toits », dans Le Petit Journal.


On ne connaît pas l'origine de cette liaison. Peut-être le hasard puisqu'Émile et Alexandrine habitaient tous deux les hauts de la montagne Sainte-Geneviève. Des rumeurs font état d'une liaison préalable avec Paul Cézanne et du fait qu'elle ait pu être modèle pour le groupe de peintres que Zola fréquente, ou encore d'une relation avec un étudiant en médecine. Mais aucune preuve n'existe à propos de ces ragots.
À partir de 1865, Zola quitte sa mère et emménage dans le quartier des Batignolles avec sa compagne, sur la rive droite, proche du faubourg Montmartre, le quartier de la Presse. Les réticences de Mme Zola mère préviennent pour cinq ans l'officialisation de cette liaison. C'est aussi une période de vaches maigres, pendant laquelle Alexandrine effectue de menus travaux afin que le couple puisse joindre les deux bouts. Le mariage est finalement célébré le 31 mai 1870 à la mairie du XVIIe arrondissement, à la veille du conflit franco-prussien. Alexandrine est un soutien indispensable dans des moments de doute nombreux de l'écrivain. Il lui en sera toujours reconnaissant.
En 1888, alors que Zola s'interroge sur le sens de son existence à la veille de la cinquantaine, sa vie bascule brutalement. N'avait-il pas soufflé à Goncourt : « Ma femme n'est pas là ... Eh bien je ne vois pas passer une jeune fille comme celle-ci sans me dire : "Ça ne vaut-il pas mieux qu'un livre ?" »
Jeanne Rozerot, une jeune lingère de 21 ans, entre au service des Zola à Médan . Originaire du Morvan, orpheline de mère, elle monte à Paris pour se placer. Elle accompagne les Zola à la fin de l'été lors des vacances du couple à Royan. Le romancier en tombe immédiatement éperdument amoureux. Émile conçoit pour elle un amour d’autant plus fort qu’elle lui donne deux enfants qu’il n’avait jamais pu avoir avec sa femme Alexandrine. Jeanne élève Denise, née en 1889 et Jacques, né en 1891, dans le culte de leur père. Pour autant, celui-ci n’abandonne pas la compagne de sa jeunesse. L'idylle est secrète pendant trois ans, seuls quelques très proches amis de l'écrivain étant au courant. Zola installe sa maîtresse dans un appartement parisien et lui loue une maison de villégiature à Verneuil, à quelques encablures de Médan, où il se rend à vélo.
Alexandrine Zola apprend l'infidélité de son époux vers le mois de novembre 1891, et l'existence de ses deux enfants, par le biais probable d'une lettre anonyme. La crise est grave pour le couple, qui passe au bord du divorce. Mais c'est un soulagement pour le romancier, après trois ans de secrets et de mensonges. Contre l'assurance que le romancier ne l'abandonnera pas, Alexandrine se résigne à cette situation. Elle s'occupe même des enfants, leur offrant des présents, les promenant de temps à autre, reportant sur eux un amour maternel dont elle fut privée. Après la mort de l'écrivain, elle fera reconnaître les deux enfants afin qu'ils puissent porter le nom de leur père.
Zola essaye ainsi d'organiser sa double vie tant bien que mal en partageant son temps entre Alexandrine et Jeanne. En juillet 1894, il écrit : « Je ne suis pas heureux. Ce partage, cette vie double que je suis forcé de vivre finissent par me désespérer. J’avais fait le rêve de rendre tout le monde heureux autour de moi, mais je vois bien que cela est impossible. »

Les honneurs


À titre personnel, l'écrivain a rarement recherché les honneurs publics. Zola a accepté la croix de la Légion d'honneur à condition d'être dispensé de la demande écrite officielle. Après de nombreuses tergiversations, liées à des articles sévères du romancier sur ses semblables dans la presse en 1878, Édouard Lockroy lui accorde la rosette. L'écrivain est donc fait chevalier de la Légion d'honneur le 13 juillet 1888, au grand dam de certains de ses amis dont les Goncourt, Alphonse Daudet, voire son ami proche Paul Alexis. Octave Mirbeau intitule même un article sur Zola à la une du Figaro : « La fin d'un homme ». Le 13 juillet 1893, Henri Poincaré le fait officier de la Légion d'honneur. Mais, en raison de sa condamnation consécutive à J'Accuse...!, Zola est suspendu de l'ordre de la Légion d'honneur le 26 juillet 1898, et ne sera jamais réintégré.
Par ailleurs, il est présenté à la Société des gens de lettres par Alphonse Daudet en 1891, et accueilli en son sein « exceptionnellement par acclamation et à main levée à l'unanimité. » Il est élu au comité, puis élu et réélu président de l'association de 1891 à 1900. Ses fonctions sont très sérieusement exercées ; il intervient dans la presse pour présenter son organisation et ses valeurs. Il fait reconnaître la société comme établissement d'utilité publique. Le droit de la propriété littéraire et la défense des auteurs en France progressent sous son autorité. Des conventions avec des pays étrangers, comme la Russie sont signées.
Émile Zola a livré un combat, unique, pour les honneurs, celui qu'il a mené afin d'intégrer l'Académie française. Jeune, il l'avait qualifiée de « serre d'hivernage pour les médiocrités qui craignent la gelée ». Vingt ans plus tard, il pose sa première candidature. Il affirme après son premier échec en 1890, « qu'il reste candidat et sera candidat toujours ». Jusqu'à sa dernière candidature le 23 août 1897, qui échoue en 1898, l'écrivain brigue dix-neuf fois le fauteuil d'Immortel. Le 28 mai 1896, il obtient son record de voix avec seize suffrages alors que la majorité était fixée à dix-sept voix. Comprenant que son engagement dans l'affaire Dreyfus lui ferme définitivement les portes de l'Académie française, il renonce à se représenter.
Mort



Tombe de Zola au cimetière de Montmartre.


Le 29 septembre 1902, de retour de Médan où il avait passé l'été, Émile Zola et son épouse Alexandrine sont intoxiqués dans la nuit, par la combustion lente résiduelle d'un feu couvert, produit par la cheminée de leur chambre. Lorsque les médecins arrivent sur place, il n'y a plus rien à faire, Émile Zola décède officiellement à 10:00 du matin. En revanche, son épouse survit. Cette mort serait accidentelle, mais étant donné le nombre d’ennemis qu’avait pu se faire Zola (notamment chez les anti-dreyfusards) la thèse de l’assassinat ou de la « malveillance ayant mal tourné » n’a jamais été totalement écartée. Après sa mort, une enquête de police est réalisée mais n’aboutit à aucune conclusion probante.
Le retentissement de la mort d'Émile Zola est immense. La presse se fait l'écho de l'émotion qui gagne la population entière. La presse nationaliste et antisémite exulte. L'émotion gagne l'étranger où de nombreuses cérémonies ont lieu en mémoire de l'écrivain français, et les presses germaniques, britanniques, américaines sen font largement l'écho. L'hommage est international. Lors des obsèques, Anatole France, qui avait insisté pour évoquer toutes les facettes de l'écrivain, y compris ses combats pour la justice, lit sa célèbre péroraison à l'auteur de J'accuse...! : « Il fut un moment de la conscience humaine ».
Les cendres de Zola ont été transférées au Panthéon de Paris le 4 juin 1908. À la fin de la cérémonie au Panthéon, un journaliste anti-dreyfusard, Louis Grégori, ouvre le feu sur Alfred Dreyfus avec un révolver, qui n'est que légèrement blessé au bras.
Depuis 1985, sa maison de Médan est devenue un musée. Tous les premiers dimanche d’octobre, un pèlerinage est organisé par la Société littéraire des amis d’Émile Zola.
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MessageSujet: Re: Emile Zola   Lun 23 Juin - 12:44

L’œuvre littéraire

Du réalisme au naturalisme



Journal la Petite Lune d'avril 1879. La critique du Romantisme par Zola attire les caricaturistes.


« Notre héros, écrit Zola, n'est plus le pur esprit, l'homme abstrait du XVIIIe siècle. Il est le sujet physiologique de notre science actuelle, un être qui est composé d'organes et qui trempe dans un milieu dont il est pénétré à chaque heure »
Naturalisme : au début du XVIIIe siècle, ce dérivé savant de « naturel » distinguait le système symbolique d'interprétation de phénomènes naturels. L'expression naturalisme s'employa plus tard dans le cadre de théories excluant une cause surnaturelle. Au XVIIIe siècle, on utilise aussi ce mot dans le vocabulaire scientifique pour désigner le caractère naturel d'un phénomène. Ce terme tomba en désuétude jusqu'en 1857 au moment où la Revue Moderne publia une critique. Celle-ci qualifia la peinture de Gustave Courbet de naturaliste, dans le sens de « peintre de la nature réaliste ».

Henri Mitterand distingue deux périodes dans le naturalisme théorique de Zola qu'il situe au carrefour du Romantisme (Jules Michelet et Victor Hugo), dont il a été imprégné par ses lectures de jeunesse, et du Positivisme qu'il a pratiqué à la Librairie Hachette (Taine et Littré). La première époque court de 1866 à 1878 avec un point de départ posé par la publication de Mes haines. Zola s'y veut moderniste, révolutionnaire dans l'âme, en réaction. Il rejette le romantisme démodé « comme un jargon que nous n'entendons plus ». Au Congrès scientifique de France en 1866, Zola adresse un mémoire qui compare le roman naturaliste à l'épopée. L'écrivain y affirme que le genre épique est spécifique à la Grèce antique, et ce lien nécessaire entre un genre littéraire et un contexte spécifique donné, manifeste clairement un déterminisme littéraire proche de celui de Taine. Cette démarche critique est ainsi définie par le philosophe : « la race, le milieu, le moment et la faculté maîtresse. » Mais Zola se distingue de Taine en affirmant la prédominance du tempérament. C'est la différence principale entre le réalisme et le naturalisme. Ainsi pour l'écrivain, « l'œuvre d'art est-elle un coin de nature vu à travers un tempérament ».
Après 1878, et la lecture de Claude Bernard, Zola, introduit la notion de méthode expérimentale. Ceci afin que la littérature « obéisse à l'évolution générale du siècle ». Zola applique cette définition à la technique romanesque transformée « en étude du tempérament et des modifications profondes de l'organisme sous la pression des milieux et des circonstances ». Il ne faut toutefois pas voir dans les textes de critique littéraire de Zola, l'exacte clé des thèmes et du style de l'écrivain, même si une relation évidente existe entre l'œuvre technique et l'œuvre dramatique.
Le naturalisme consiste donc en la recherche des causes du vice dans l'hérédité. De ce fait, le romancier naturaliste est « observateur et expérimentateur ». L'observateur accumule des renseignements sur la société et ses milieux, sur les conditions de vie et d'environnement. Il doit cerner de près la réalité qu'il transpose par un usage serré et acéré du langage. L'expérimentateur joue dès lors son rôle, par la construction d'une trame qui amalgame les faits et construit une mécanique où il enchaîne ces faits par une forme de déterminisme des principes liés au milieu et à l'hérédité. Le personnage naturaliste est ainsi la conséquence déterminée de constantes physiques, sociales et biologiques. Le romancier naturaliste a un but moral. Zola écrit : « nous sommes les juges d'instruction des hommes et de leurs passions, c'est à dire des moralistes expérimentateurs ».
La littérature naturaliste est une littérature de synthèse du type balzacien et de l'anti-héros flaubertien ce qui donne des personnages vidés d'individualité. La prépondérance de Zola dans le milieu naturaliste est indiscutable et le débat se catalysera d'ailleurs essentiellement autour de lui. L'école naturaliste est le plus souvent appelée École de Médan du nom de la maison appartenant à Zola, où les écrivains proches du mouvement naturalistes comme le premier Huysmans et Maupassant, avaient l'habitude de se réunir lors de soirées dites de Médan. Le volume collectif de ces Soirées paraît deux ans plus tard. En dehors de l'œuvre zolienne, le naturalisme a donné peu d'œuvres majeures.

Méthode de travail et style



Un écrivain minutieux



Zola se présente comme un écrivain à la fois minutieux et méthodique. Il décrit ainsi sa méthode de travail : « Ma façon de procéder est toujours celle-ci : d'abord je me renseigne par moi-même, par ce que j'ai vu et entendu ; ensuite, je me renseigne par les documents écrits, les livres sur la matière, les notes que me donnent mes amis ; et enfin l'imagination, l'intuition plutôt, fait le reste. Cette part de l'intuition est chez moi très grande, plus grande, je crois, que vous ne la faites. Comme le disait Flaubert, prendre des notes, c'est être simplement honnête ; mais les notes prises, il faut savoir les mépriser ». Zola a toujours insisté sur sa démarche consciente et tranquille qui s'apparente à celle du maçon qui construit sa maison, sans fébrilité . Il veut donner l'image de la quiétude dans l'écriture, avec une construction de premier plan, puis de second plan, une description des personnages précise par l'établissement de fiches pour chacun d'eux. La rédaction du chapitre doit immédiatement suivre. Cependant, cette démarche théorique est quelque peu contredite par l'examen des dossiers de préparation laissés par l'auteur des Rougon-Macquart. En effet, dans le cas de la documentation, plutôt que de réaliser ses recherches dans un premier temps, puis de réaliser la totalité de son travail d'écriture dans un second temps, on constate que Zola se documentait tout au long de la réalisation de ses romans.
Le travail de Zola romancier commence donc par la constitution d'un dossier préparatoire. Leur taille est variable en fonction du roman et du sujet, mais va plutôt en s'accroissant avec le temps. D'une cinquantaine de folios pour la Fortune des Rougon, le dossier de Pot-Bouille en atteint 450, pour compter entre 900 et un millier de pages pour Germinal, L'Argent ou La Terre, et enfin culminer à près de 1 250 feuilles pour La Débâcle. Le dossier préparatoire est aussi utile au romancier lorsqu'il doit se défendre des attaques assez nombreuses qui lui sont portées quant au sérieux de sa documentation. Zola viserait, à en croire ses contradicteurs, au superficiel et au spectaculaire. Il n'hésite pas, dès lors, à convoquer des journalistes et leur prouver le sérieux de ses recherches, en leur exposant ses dossiers.
Zola s'appuie ainsi sur une solide documentation, mais aussi sur des enquêtes pour lesquelles il se déplace dans les régions qu'il veut décrire. Les voyages du romancier vers un lieu précis, ont souvent provoqué moqueries et quolibets. La critique voit, dans ces « mouvements puérils », un manque d'imagination de l'écrivain. C'était en effet très nouveau dans la seconde moitié du XIXe siècle, que de vouloir coller à la réalité d'aussi près. Mais le romancier souhaite absolument s'imprégner de l'ambiance d'un lieu, pour y capter le détail véridique. C'est dans cet esprit qu'il part visiter le Valenciennois pendant une dizaine de jours pour Germinal, ou qu'il produit trois cents pages d'observations sur les Halles pour Le Ventre de Paris, entre autres. Il croque les scènes vécues, mais toujours dans l'optique de son roman en cours, jamais gratuitement. Il sélectionne ses observations et les utilise quasiment toutes dans le roman qu'il est en train d'écrire, ainsi qu'un peintre ferait avec son carnet de croquis.
Les dossiers préparatoires de Zola font aussi état de réflexions théoriques sur le roman en cours d'écriture, via une forme de dialogue avec lui-même. L'écrivain prend soin de définir le schéma narratif, la position des personnages dans chaque scène, le niveau de dramatisation, la véracité de la situation. Il porte une attention toute particulière au rythme de la narration et à l'équilibre de chacun des chapitres.

Un travail sans brouillon ?


Zola préparait des brouillons avant d'écrire ses pages définitives. Mais il n'en a légué pratiquement aucun, et comme il travaillait toujours en solitaire, il n'existe aucun témoignage à ce sujet. Quelques bribes d'essais concernant un paragraphe ou une phrase ont été retrouvés, mais rien de systématique. Il est certain que cette étape intermédiare a été détruite volontairement, comme chez Hugo. Les historiens de la littérature s'interrogent encore sur cette absence, en supposant que peut-être, Zola a cherché à masquer une certaine réalité qui aurait pu nuire à l'édification de son personnage « d'écrivain omniscient ».
En revanche, Zola fait de nombreuses retouches, après la première publication, et dispose d'une méthode originale. Comme pratiquement tous ses romans sont parus d'abord sous la forme de feuilletons dans la presse, il découpe la page, et y porte directement ses corrections en vue de l'édition en volume. Il a ainsi parfois apporté d'importantes corrections à ce qu'il a considéré comme un premier jet. Il lui est aussi arrivé d'avoir l'idée d'ajouter des personnages nouveaux dans le cycle des Rougon-Macquart, et dans ce cas, il pouvait reprendre un volume déjà paru et le modifier en vue d'une réédition.

Le style


L'écriture dans cette perspective naturalistes, est un outil puissant. Frappé par le scientisme, Zola entend donc résoudre les problématiques philosophiques par un recours marqué à la science. Zola recherche la simplicité, avec la volonté de « sentir la nature et la rendre telle qu'elle est », avec une langue qui ne soit pas un obstacle. Il n'est pas de nature à remettre cent fois l'ouvrage sur le métier comme un Balzac ou un Flaubert. Ce qu'il demande avant tout, c'est que la personnalité de l'écrivain transparaîsse dans le style. Ainsi écrit-il : « Le pis, selon moi, est ce style propre, coulant d'une façon aisée et molle, ce déluge de lieux communs, d'images connues, qui fait dire au grand public : « C'est bien écrit ». Eh non, c'est mal écrit, du moment où cela n'a pas une vie particulière, une saveur originale, même aux dépens de la correction et des convenances de la langue. »
Aux débutants, il affirme dans une préface que l'on ne saurait acquérir un style « puisqu'on naît avec, comme on a les cheveux blonds ou bruns ». Il recommande d'exercer le style d'un jeune écrivain par la rédaction d'articles de presse qui l'aiguiseront. Le choix des mots semble aléatoire, répondant à une harmonie dans la phrase. Zola ayant été dans sa jeunesse un énorme producteur de strophes, cette expérience l'amène à écrire par euphonie. Il semble avoir attaché une place toute particulière à l'équilibre et au rythme dans la construction de ses phrases. Mais la simplicité l'a toujours guidé : « Il nous faut de la simplicité dans la langue si nous voulons en faire l'arme scientifique du siècle »
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