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 Mme De Lafayette, La Princesse de Clèves (Ch.3)

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jenninou
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MessageSujet: Mme De Lafayette, La Princesse de Clèves (Ch.3)   Mer 25 Juil - 17:41

Le portrait dérobé



.....La reine dauphine faisait faire des portraits en petit de toutes les belles personnes de la cour pour les envoyer à la reine sa mère. Le jour qu'on achevait celui de Mme de Clèves, Mme la dauphine vint passer l'après-dîner chez elle. M. de Nemours ne manqua pas de s'y trouver; il ne laissait échapper aucune occasion de voir Mme de Clèves sans laisser néanmoins paraître qu'il les cherchât. Elle était si belle, ce jour-là, qu'il en serait devenu amoureux quand il ne l'aurait pas été. Il n'osait pourtant avoir les yeux attachés sur elle pendant qu'on la peignait, et il craignait de laisser trop voir le plaisir qu'il avait à la regarder.
.....Mme la dauphine demanda à M. de Clèves un petit portrait qu'il avait de sa femme, pour le voir auprès de celui que l'on achevait; tout le monde dit son sentiment de l'un et de l'autre; et Mme de Clèves ordonna au peintre de raccommoder quelque chose à la coiffure de celui que l'on venait d'apporter. Le peintre, pour lui obéir, apporta le portrait de la boîte où il était, et, après y avoir travaillé, il le remit sur la table.
.....Il y avait longtemps que M. de Nemours souhaitait d'avoir le portrait de Mme de Clèves. Lorsqu'il vit celui qui était à M. de Clèves, il ne put résister à l'envie de le dérober à un mari qu'il croyait tendrement aimé; et il pensa que, parmi tant de personnes qui étaient dans ce même lieu, il ne serait pas soupçonné plutôt qu'un autre.
.....Mme la dauphine était assise sur le lit et parlait bas à Mme de Clèves, qui était debout devant elle. Mme de Clèves aperçut par un des rideaux, qui n'était qu'à demi fermé, M. de Nemours, le dos contre la table, qui était au pied du lit, et elle vit que, sans tourner la tête, il prenait adroitement quelque chose sur cette table. Elle n'eut pas de peine à deviner que c'était son portrait, et elle en fut si troublée que Mme la dauphine remarqua qu'elle ne l'écoutait pas et lui demanda tout haut ce qu'elle regardait. M. de Nemours se tourna à ces paroles; il rencontra les yeux de Mme de Clèves qui étaient encore attachés sur lui, et il pensa qu'il n'était pas impossible qu'elle eût vu ce qu'il venait de faire.
.....Mme de Clèves n'était pas peu embarrassée. La raison voulait qu'elle demandât son portrait; mais, en le demandant publiquement, c'était apprendre à tout le monde les sentiments que ce prince avait pour elle, et, en le lui demandant en particulier, c'était quasi l'engager à lui parler de sa passion. Enfin elle jugea qu'il valait mieux le lui laisser, et elle fut bien aise de lui accorder une faveur qu'elle lui pouvait faire sans qu'il sût même qu'elle la lui faisait. M. de Nemours, qui remarquait son embarras et qui en devinait quasi la cause, s'approcha d'elle et lui dit tout bas :
.... - Si vous avez vu ce que j'ai osé faire, ayez la bonté, madame, de me laisser croire que vous l'ignorez; je n'ose vous en demander davantage. Et il se retira après ces paroles et n'attendit point sa réponse.
..... Mme la dauphine sortit pour s'aller promener, suivie de toutes les dames, et M. de Nemours alla se renfermer chez lui, ne pouvant soutenir en public la joie d'avoir un portrait de Mme de Clèves. Il sentait tout ce que la passion peut faire sentir de plus agréable; il aimait la plus aimable personne de la cour; il s'en faisait aimer malgré elle, et il voyait dans toutes ses actions cette sorte de trouble et d'embarras que cause l'amour dans l'innocence de la première jeunesse.
.... Le soir, on chercha ce portrait avec beaucoup de soin; comme on trouvait la boîte où il devait être, l'on ne soupçonna point qu'il eût été dérobé, et l'on crut qu'il était tombé par hasard. M. de Clèves était affligé de cette perte et, après qu'on eut encore cherché inutilement, il dit à sa femme, mais d'une manière qui faisait voir qu'il ne le pensait pas, qu'elle avait sans doute quelque amant caché à qui elle avait donné ce portrait ou qui l'avait dérobé, et qu'un autre qu'un amant ne se serait pas contenté de la peinture sans la boîte.
... Ces paroles, quoique dites en riant, firent une vive impression dans l'esprit de Mme de Clèves. Elles lui donnèrent des remords; elle fit réflexion à la violence de l'inclination qui l'entraînait vers M. de Nemours; elle trouva qu'elle n'était plus maîtresse de ses paroles et de son visage; elle pensa que Lignerolles était revenu; qu'elle ne craignait plus l'affaire d'Angleterre; qu'elle n'avait plus de soupçons sur Mme la dauphine, qu'enfin il n'y avait plus rien qui la pût défendre et qu'il n'y avait de sûreté pour elle qu'en s'éloignant. Mais, comme elle n'était pas maîtresse de s'éloigner, elle se trouvait dans une grande extrémité et prête à tomber dans ce qui lui paraissait le plus grand des malheurs, qui était de laisser voir à M. de Nemours l'inclination qu'elle avait pour lui. Elle se souvenait de tout ce que Mme de Chartres lui avait dit en mourant et des conseils qu'elle lui avait donnés de prendre toutes sortes de partis, quelque difficiles qu'ils pussent être, plutôt que de s'embarquer dans une galanterie. Ce que M. de Clèves lui avait dit sur la sincérité, en lui parlant de Mme de Tournon, lui revint dans l'esprit; il lui sembla qu'elle lui devait avouer l'inclination qu'elle avait pour M. de Nemours. Cette pensée l'occupa longtemps; ensuite elle fut étonnée de l'avoir eue, elle y trouva de la folie, et retomba dans l'embarras de ne savoir quel parti prendre.


Dernière édition par le Jeu 13 Sep - 13:05, édité 1 fois
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jenninou
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MessageSujet: Re: Mme De Lafayette, La Princesse de Clèves (Ch.3)   Jeu 13 Sep - 13:04

Alors pour présenter l'auteur, vous pouvez consulter la biographie.

Intro:
-biographie : Mme de Lafayette dans son époque (préciosité, salons littéraire, amis écrivains....)
-extrait : les deux plus beaux personnages de la cour, Mme de Clèves et M. de Nemours, tombent sous le charme l'un de l'autre lors d'un bal. Cette passion est présentée comme une évidence (leur beauté étant symbole de l'éléction), et depuis ce bal, Mme de Clèves est torturée entre son amour pour M. de Nemours et son respect pour son mari. Tout le roman consiste à savoir si Mme de Clèves succombera à la passion qui la dévore. Mais au stade de notre extrait, le prince de Nemours ne sait pas encore qu'il est aimé de Mme de Clèves.

Organisation:
1) "La reine dauphine" à "il le remit sur la table." : présentation des portraits.
2) "Il y avait longtemps" à "dans l'innocence de la première jeunesse." : le vol du portrait par M. de Nemours avec la complicité passive de Mme de Clèves.
3) "Le soir, on chercha ce portrait" à "quel parti prendre." : les rélexions de Mme de Clèves.

Problématique:
Il s'agirait de voir dans cet extrait comment cette passion qui passe par le regard dévore nos deux personnages, et met notre héroïne face à un choix cornélien.
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jenninou
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MessageSujet: Re: Mme De Lafayette, La Princesse de Clèves (Ch.3)   Ven 14 Sep - 13:48

1er §:

* importance de la beauté ("belles personnes" l.1, "si belle" l.4) et du regard ("portraits " l.1, "voir" l.3, "yeux/laisser trop voir/regarder" l.5) : l'on s'aperçoit avec ces deux champs lexicaux, que la beauté attire le regard et que le regard entraîne l'amour ("Elle était si belle, ce jour-là, qu'il en serait devenu amoureux quand il ne l'aurait pas été." l.4). L'amour n'est donc pas un choix des personnage mais une évidence, un amour d'élection (comme chez Corneille) : les deux héros sont obligés de s'aimer puisque se sont les plus belles personnes de la cour, il ne peut en être autrement...un seul regard suffit pour faire naître cet amour : il s'agit d'une reconnaissance amoureuse (tout passe par le regard entre ces deux personnages qui ne se parlent pas).

* importance du paraître (ou plus exactement du ne pas paraître) : M. de Nemours fait attention à l'étiquette, et dissimule (du moins essaye de dissimuler) son attirance ("sans laisser néanmoins paraître " l.3, "il craignait de laisser trop voir" l.5).

2è § :

* Mme la Dauphine est le personnage qui fait le lien entre les 2 §; à chaque fois il s'agit de son initiative :
1) elle commande un portrait de Mme de Clèves;
2) elle demande qu'on apporte un ancien portrait de Mme de Clèves pour faire une comparaison avec celui qu'elle a commandé.
Ceci prépare la scène qui va arriver : le vol.

* ce motif des 2 portraits est symbolique de la situation : 2 portraits de la même femme, 2 hommes qui aiment la même femme. L'on comprend ainsi immédiatement que celui qui n'a ni le portrait ni la femme va vouloir se procurer celui qui est resté nonchalemment sur la table.

* on remarquera que, sans le vouloir, Mme de Clèves permet que le futur incident se produise : " Mme de Clèves ordonna au peintre de raccommoder quelque chose à la coiffure de celui que l'on venait d'apporter. Le peintre, pour lui obéir, apporta le portrait de la boîte où il était, et, après y avoir travaillé, il le remit sur la table."
On retrouve un peu + loin de le texte la même remarque "il s'en faisait aimer malgré elle" (§7)

3è § :
§ bref mais plein de sens

* 1ère phrase ouverte par l'adverbe temporel "Il y avait longtemps" qui marque ainsi une attente, et qui agit comme une excuse à ce qui va suivre.

* l'auteur insiste sur le fait que le portrait volé soit celui qui appartient à M. de Clèves. Cela produit 2 effets :
1) cela rappel l'envie que M.de Nemours a de voler la femme de M. de Clèves (le portrait agit ici comme une métonymie de Mme de Clèves);
2) on peut se demander si M. de Nemours vole ce portrait pour pouvoir regarder à sa guise (et sans être surpris) Mme de Clèves (souhait qui nous est annoncé "souhaitait d'avoir le portrait de Mme de Clèves.") ou pour voler ce qui appartient à M. de Clèves dans une sorte de jalousie ("il ne put résister à l'envie de le dérober à un mari qu'il croyait tendrement aimé").
L'amibiguïté est volontaire, peut-être d'ailleurs parce qu'il n'y a pas à choisir entre les deux interprétations.

* la dernière phrase est un DI qui nous fait rentrer dans les pensées de M. de Nemours : pensées qui nous paraissent être un peu "erronnées". M. de Nemours est le seul personnage masculin mentionné, et donc il parraît être le plus susceptible de voler un portrait par amour (comme le suggèrera sur le ton de la plaisanterie M. de Clèves lui-même "il dit à sa femme, mais d'une manière qui faisait voir qu'il ne le pensait pas, qu'elle avait sans doute quelque amant caché à qui elle avait donné ce portrait ou qui l'avait dérobé" §Cool.
M. de Nemours pense pouvoir agir en toute impunité parce qu'il sauve les apparences, il ne laisse rien paraître, comme nous l'avons dit précédemment.
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MessageSujet: Re: Mme De Lafayette, La Princesse de Clèves (Ch.3)   Ven 14 Sep - 19:55

4è, 5è et 6è §:

* encore le thème du regard ("aperçut", "elle vit", "elle regardait", "les yeux", "qu'elle eût vu") associé ici à la parole ("parlait", "elle ne l'écoutait pas", "demanda tout haut", "paroles","demandât", "demandant publiquement", "demandant en particulier", "parler", "lui dit tout bas") : il y a avec le thème du regard à la fois transgression (Mme de Clèves surprend le vol, malgré le regard de Mme de Clèves M. de Nemours continue son méfait) et complicité (M. de Nemours feint de ne avoir été aperçu, Mme de Clèves feint de ne pas avoir aperçu). La parole ici est perturbatrice, de l'élément de cour par excellence (la parole flatteuse des gens de cour, la parole raffinée et courtoise des salons...) elle devient élément perturbateur. C'est parce q Mme de Clèves ne participe pas à la conversation, q M. de Nemours se sait surpris (et par la même, apprend l'amour de Mme de Clèves). On remarque d'ailleurs que la parole "basse" devient publiq ("tout haut") lorsqu'elle est élément perturbateur.

* dans le 5è § nous sommes ds les pensées de Mme de Clèves : combat entre raison et passion, entre laisser voir et cacher, entre publiq et privé.

* la passivité de Mme de Clèves est une déclaration d'amour puisqu'elle laisse M. de Nemours impuni de son vol. La complicité entre les deux personnages s'est installé, l'un ayant deviné les gestes (ou non geste) de l'autre (" Elle n'eut pas de peine à deviner que c'était son portrait", " M. de Nemours, qui remarquait son embarras et qui en devinait quasi la cause").

* la fuite du prince de Nemours est bien la fuite d'un voleur : " Et il se retira après ces paroles et n'attendit point sa réponse."
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